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15

avril

2015

FauneSauvage.fr a lu "RENCONTRES À MÉNIGOUTE

Admirer - Apprendre - Agir

Ces "trois A" constituent la devise de ce site web amoureux de la nature.


Il a bien voulu parler de notre livre "Rencontres à Ménigoute". 

Nous l'en remercions.

A lire ICI

2 commentaires

VOULOIR : Chapitre 2

Le Comité d'expansion

 

Ce 18 novembre 1969, la réunion débuta par une présentation de la situation du canton. Sa démographie était en chute libre avec une perte de près de 7 % en six ans[1], un record départemental. La régression économique contaminait tous les foyers, l’habitat rural était tragiquement vétuste, la comparaison avec la ville devenait insupportable. Mais parallèlement existaient aussi des entreprises artisanales en pleine expansion, un nouveau marché aux ovins à Vasles très dynamique, un chef-lieu de canton qui réunissait un ensemble cohérent de services publics, quelques atouts touristiques et un tissu associatif conséquent. Le constat était clair : il fallait valoriser ces atouts tant qu'il était encore temps, éviter la disparition de toute vie sociale et la transformation du territoire en un désert stérile rejetant toute initiative. Il fallait donc définir au plus vite une politique d’aménagement rural du canton. Quatre questions se posèrent alors. Qui pouvait le faire ? Comment le faire ? Avec quels moyens ? Dans quelles limites, eu égard aux compétences propres des communes ? Pour la première fois, il était clairement affiché que les problèmes du secteur rural ne pouvaient être appréhendés ni par une municipalité seule ni par une organisation purement agricole ou artisanale. Il allait falloir jouer collectif et faire sauter les cloisons. À cette époque, chaque groupe vivait en totale autarcie et les frontières étaient très étanches. Les commerçants et les artisans étaient très individualistes, car ils vivaient bien et n’avaient donc pas besoin de se rassembler pour se défendre. A contrario, les paysans se regroupaient fréquemment : ils avaient des réunions techniques ou syndicales, certaines pour les préparer à l’évolution de leurs pratiques professionnelles, d’autres pour la défense de leurs intérêts. Ce jour-là, les participants à la réunion constatèrent ensemble que les frontières allaient bien devoir voler en éclats, pour permettre la concertation et la prise de conscience. Un an plus tard, le comité d’expansion du canton de Ménigoute fut créé.

Cette nouvelle structure cantonale était composée à la fois d’élus, de représentants de diverses professions : chefs d’entreprises, agriculteurs, artisans, commerçants et des responsables d’associations culturelles, sportives, etc. Chaque maire avait coopté un certain nombre d’habitants de sa commune. Il était convenu que le comité serait à la fois un espace de concertation et d’action. Certains imaginaient même que tout projet d’intérêt cantonal, quelle que soit sa maîtrise d’ouvrage, serait étudié par le comité d’expansion, s’enrichissant au passage des échanges suscités.

La réunion de lancement du comité d’expansion fut organisée en juin 1970 à Coutières, sur proposition d’Hubert Dauté. Pour éviter les disputes entre Vasles et Ménigoute, il était symboliquement essentiel que la première réunion véritablement « cantonale » se passe dans une autre commune, une « petite », de moins de 150 habitants. Hubert Dauté était adjoint de Coutières, ouvrier dans une scierie, républicain et appartenant à la gauche anticléricale. Il affichait clairement ses positions. Ses copains l’avaient prévenu :

— Méfie-toi de Gilles Parnaudeau, car son père était dorgériste[2] ».

Il eut l’intelligence de ne pas les écouter et de faire confiance d’emblée à ce jeunot. Ils devinrent des amis qui partagèrent, avec André Dulait, Dominique Brouard et les autres, le même appétit de changement pour faire évoluer le territoire rural. Hubert Dauté accueillit les participants et présida la réunion. Une quarantaine de personnes étaient rassemblées, toutes les communes étaient représentées. Au moment de la lecture du projet de statuts, la question de la localisation du siège social se posa. Ménigoute et Vasles furent évidemment candidates et la tension monta, ainsi que le niveau sonore des échanges.

— On est le chef-lieu, c’est normal que tout ce qui est cantonal soit à Ménigoute.

— Pas du tout. Vasles représente le tiers de la population, le tiers de la superficie du canton et…

Les autres participants assistaient passivement à la joute oratoire. Devant une telle impasse, Hubert Dauté proposa que le siège soit à Coutières, ce qui fit immédiatement l’unanimité. Le consensus fut d’autant plus facile à obtenir que cette localisation dans une toute petite commune minimisait la portée symbolique de la structure, car au fond, la caution était de façade, mais beaucoup n’y croyaient pas. Après cette petite échauffourée, la discussion s’ouvrit. On constata que les cantons voisins semblaient avoir trouvé des voies de développement économique prometteuses, la pierre, le bois, l’eau… alors que le canton de Ménigoute restait une zone blanche. Allait-il devenir un terrain de chasse, un désert ou un site de l’armée, le Larzac du Poitou ? Quelques premières idées furent avancées. Le tourisme semblait être un des tout premiers axes à explorer. On lista les qualités touristiques du territoire qui avait de belles étendues d’eau, la splendide Vallée de la Vonne, un paysage bien entretenu, des chemins… À cette époque, le tourisme n’était pas une activité économique à part entière dans cette région, on ne pensait pas golf, piscine et sites touristiques, on pensait plutôt pêche, randonnées, camping à la ferme et surtout gîtes ruraux. On voulait bien ouvrir le milieu vers l’extérieur, mais pas trop… On pourrait en profiter pour améliorer l’habitat… Une première étude cantonale fut présentée à cette occasion. Elle dressait l’inventaire, accablant, des maisons abandonnées ou libres de toute occupation. Emmanuel Chaboceau était présent, bien que venu à reculons. Son attitude fut celle d’un conseiller général, le patron du canton. Les participants décidèrent de s’orienter vers le tourisme, une voie encore inexplorée par les collectivités. Le développement de l’accueil de touristes serait leur premier pas pour prendre leur avenir en mains. Lors de cette première réunion, il avait également été envisagé de créer un événement annuel, moment privilégié pour réfléchir et se divertir ensemble. Ce fut la fête cantonale qui devint les « trois jours gâtinais », puis « les six jours gâtinais », puis les « trente jours gâtinais ».

La première fête cantonale eut lieu au cours de l’été 1971, au château du Chilleau. Une exposition présentait sur de grands panneaux un état des forces du canton : tant d’artisans, d’agriculteurs, de commerçants, etc. Cette addition territoriale montrait que, finalement, le canton pouvait être un vivier et pas (encore) un désert.

— Tu crois vraiment que cela sert à quelque chose ?

Cette question d’un artisan posée à Gilles Parnaudeau montrait tout le chemin qui restait à parcourir… Une pièce de théâtre jouée par les jeunes du secteur, puis un méchoui pour promouvoir la production locale et un temps de réflexion pour dégager de nouveaux projets, rythmèrent ce premier événement. Les suivants s’organiseraient sur cette même trame, en trois temps : un apport sous forme d’études, avec des interventions ou des expositions (les plans d’eau en Gâtine, l’animation en direction des enfants, l’habitat, l’aide aux familles…), un temps de valorisation locale et de formation technique (l’évolution de la motorisation dans l’agriculture, les savoir-faire de l’artisanat, la journée technique du mouton…) et un espace récréatif : « un brin de kermesse ». Le mouton était toujours de la partie… au moins au méchoui. En 1974, la fête cantonale présenta une exposition d’animaux vivants, aux gabarits très différents, pour donner l’occasion aux visiteurs d’évaluer leur poids et leur qualité bouchère. Ils furent tués le lundi et l’observation des carcasses présentées le mardi au marché de Vasles permit d’ajuster les estimations. Lors de la fête cantonale de 1976, à St Martin du Fouilloux, il y eut une exposition sur les laines, les matelas, les cuirs… On retrouva les laines lors d’une spectaculaire manifestation, une démonstration de tonte de moutons en présence du champion de France et de Christian Destouches expert lainier. Elle se déroula en 1975, près du marché ovin qui rassemblait ce jour-là 2000 moutons… et de très nombreux spectateurs. Dès le départ, la démarche était pédagogique. On cherchait constamment à montrer et à démontrer. À la fin de l’événement, on repartait avec un nouveau projet concret à construire dont on reparlerait dans un an… Avec l’espoir que, petit à petit, tout cela permettrait de changer de focale, en « cantonalisant » les choses, en ne les regardant plus seulement du haut de la chapelle communale ou de celle de la corporation. Les îles se rejoindraient. Les plus faibles pourraient se sentir renforcés par les « grands » et par la dynamique naissante. Bref, la mayonnaise prendrait.

Au sortir du premier événement de 1971, les participants décidèrent donc de travailler sur le développement touristique. Une délégation d’élus se rendit à Lezay, une commune du sud des Deux-Sèvres qui avait une bonne expérience de la création de gîtes. Le premier acte du comité serait la création d’un gîte dans un ancien moulin à Bois-Pouvreau. Les bases de la méthode de travail du comité étaient posées : « voir, juger et agir ». L’enquête Habitat, puis la visite d’initiatives réussies furent des outils d’investigation qui permirent une bonne compréhension de la problématique et un bon ajustement du programme d’action en fonction des besoins spécifiques et des réalités du canton de Ménigoute.

La première Assemblée générale du comité d’expansion se tint le 15 novembre 1971. Le Conseil d’administration, composé de 39 membres[3], élit son bureau. Le Conseiller général en devint le Président, Hubert Dauté, Hubert Ingrand et René Girard furent les Vice-Présidents, Henri Morin le trésorier, Raymond Robert le trésorier adjoint, Gilles Parnaudeau le secrétaire et Jean Chausson le secrétaire adjoint. Madame Artault Nicole et Messieurs Champeau, David, Gelin et Saivre furent également élus au bureau de l’association en tant que membres. Bien que non-élu municipal, Gilles Parnaudeau était, de fait, l’animateur du comité, en charge de l’émulation du groupe et de son évolution. La priorité en effet était bien de faire évoluer les mentalités, de changer les points de vue, d’acquérir de nouvelles connaissances, de s’ouvrir à d’autres réalités. C’était l’une des deux clés pour une reconstruction sur de bonnes fondations. La seconde était la reprise de confiance. Il fallait absolument se convaincre que le territoire pouvait à nouveau être un espace de projets et d’avenir. Pour cela, il existait une bonne « potion magique » : le regard et le témoignage de personnes étrangères au territoire. C’est avec cet objectif que Gilles Parnaudeau invita Edgar Pisani, personnalité qu’il connaissait par le CNAR, à la première Assemblée générale du comité. À cette époque, ce voisin, député du Maine-et-Loire et maire de Montreuil-Bellay, faisait figure de « révolutionnaire » en matière d’aménagement rural. Il avait assurément en ce domaine les idées les plus novatrices, que l’on pouvait au demeurant ne pas partager entièrement, mais qui étaient construites sur une très longue et forte expérience. Il avait été ministre de l’Agriculture du Général de Gaulle, négociateur à Bruxelles de la nouvelle politique agricole de la CEE[4], il avait créé les SAFER, l’enseignement agricole, mis en place des programmes de reconversion de paysans, accompagné l’agriculture de groupe (CUMA, GAEC…). Il était un visionnaire qui d’emblée en imposait par son savoir et son expertise. On espérait bien que cet homme d’envergure montrerait à ses auditeurs le formidable potentiel du canton, ce qu’il fit devant un pare-terre de cent personnes dans la salle des fêtes de Ménigoute. Le discours de Pisani enflamma l’assistance : « Vous détenez la richesse potentielle de l’espace libre, allez-y, vous êtes sur la bonne voie, c’est comme cela qu’il faut faire ». Juste avant le discours de Pisani, Gilles Parnaudeau avait dressé le tableau : l’état des lieux du canton, le rapport d’activité de la première année du groupe cantonal qui avait lancé ce comité et les perspectives de travail. Il y eut un déclic incontestable ce jour-là. Ce fut le premier de nombreux rendez-vous dont la fonction première était bien de raviver la flamme des énergies locales. Dans cet esprit, le 3 novembre 1972, la seconde assemblée générale du comité invita Monsieur Blaizot[5], directeur du service de l’aménagement rural au ministère de l’Agriculture. Les années suivantes, ce fut André Laurent (1973), Président de la CNAR, puis Georges Chavanes (1976), président du conseil économique et social régional, qui défendait l’installation « d’usines à la campagne ». Le comité devint progressivement un carrefour d’idées et d’initiatives, l’espace de rencontre des hommes du canton de Ménigoute qui cultivaient l’intercommunalité sans le dire. Chaque année allait désormais être rythmée par trois phases incontournables : un travail d’investigation sur un sujet retenu l’année précédente, la mise en place concrète du projet, et enfin l’événement valorisant le chemin parcouru et permettant le choix du sujet à travailler l’année suivante. Ainsi, lors de la fête cantonale de 1972, les acteurs décidèrent-ils de travailler d'une part sur les questions d’aide à domicile et d'autre part d’engager une étude d’aménagement rural. Il apparaissait nécessaire de définir clairement et officiellement les forces et faiblesses du territoire, analyse préalable indispensable à la définition d’un plan de développement. Ce travail, réalisé par des cabinets spécialisés, était financé par le ministère de l’Agriculture. Plusieurs études comparables avaient été faites en Deux-Sèvres, pour une meilleure connaissance de la réalité sociale et économique d’un canton, autour de son chef-lieu. Mais le ministère de l’Agriculture évoluait dans son approche et ne souhaitait pas d’opposition entre le monde rural et la ville. Il exigeait donc désormais que ces études soient réalisées en intégrant la ville-centre pour mieux penser l’articulation entre monde rural et monde urbain et développer leur synergie. Gilles Parnaudeau prit son bâton de pèlerin, alla voir les six conseillers généraux des cantons de Gâtine[6] et le sous-préfet. Il réussit à les convaincre et ils décidèrent de demander ensemble au ministère le financement d’une étude d’aménagement rural, non pas pour le seul canton de Ménigoute, mais pour l’ensemble de la Gâtine. Les « petits ronds dans l’eau » commençaient à faire des vagues et à contaminer un territoire bien plus large. Le CARUG, le Comité d’Aménagement Rural et Urbain de la Gâtine allait bientôt naître, grâce à l’initiative ménigoutaise. 

 

Cette étude réalisée par l’Association de Développement et d’Aménagement Rural (ADAR), se fit en deux temps. En 1972, un diagnostic fut réalisé. Il en reste encore aujourd’hui un « marqueur », un « point 0 » qui permet de mesurer le chemin parcouru pour le développement et l’aménagement de « La Gâtine de Parthenay ». Puis, en 1973, l’ADAR remit ses préconisations selon trois axes : « La création d’emplois dans les secteurs secondaires et tertiaires — L’intensification des productions agricoles — L’organisation des loisirs et du tourisme ». Il s’agissait de dégager des actions concrètes et des priorités. Il fut notamment question de téléphone (évidemment[7]), d’électrification, de voies de communication, de création de logements locatifs, de modernisation des équipements agricoles, de village de vacances, de plans d’eau, d’équipements sportifs et « local club » pour les jeunes, de rénovation de vieilles rues, etc.

S’agissant du canton de Ménigoute, on envisagea notamment : l’amélioration des virages de Reffannes sur la N138, l’élargissement de la route Vasles-Parthenay, de la D21 de Ménigoute à la N138, en passant par Vausseroux, la généralisation du téléphone, la construction d’un local destiné aux jeunes, etc.

Edgar Pisani avait dit : « Commencez par des choses faciles. Il faut limiter d’abord son action à des succès possibles, pour ne pas casser le ressort ».



[1].Et la chute continua. 1962 : 6624 hab  1968 : 6205 1975 : 5438 1982 : 5032. Le canton perdit donc 24% de sa population en 20 ans.

La commune de Vasles avait 2420 habitants en 1962 et 1563 habitants en 1999 soit une perte de 35 % en 37 ans.

La tendance s’inversa sensiblement : en 2005, Vasles avait 1648 habitants  ( +5,5% en 6 ans) : conséquence de l’action ?

[2].Henri Dorgères : homme politique de droite, leader des « chemises vertes » qui réclamait un Etat autoritaire et corporatiste.

[3].Dont le conseiller général et les 11 maires, membres de droit.

[4].Communauté Economique Européenne

[5].Celui qui avait donné un coup de pouce à l’opération Téléphone en contactant son collègue du ministère des Postes et Télécommunications.

[6].Mademoiselle de Talhouët-Roy (canton de Thénezay), Messieurs Jubien (canton de Parthenay), Bouchet (Saint-Loup-sur-Thouet), Bobin (Mazières-en-Gâtine), Airault (Secondigny), Chaboceau (Ménigoute)

[7].Le Comité lancera en 1973 une grande enquête cantonale pour connaître et aider les candidats à l’nstallation téléphonique.